encreGrande

Le plaisir d'écrire serait-il tributaire d'un certain passéisme conjugué de souvenirs enfantins -entre pleins et déliés- sur les pages lignées d'une écolière studieuse ?

Je viens de retrouver, dans un placard perdu... une bouteille d'encre rose conservée -miracle ou amour d'être utile- à côté d'une collection de plumes en attente de mots.

Mes graffitis d'adultes se firent lettres, syllabes, verbes et pensées.

Je n'avais pourtant pris, dans l'héroïque rangement d'une boîte à secret, que la peine de savoir -au milieu de vieilles gouaches- ce qui pourrait encore, sans fard ni fanfare, occuper mon espace où finir aux déchets.

Las ! Ou joie venue d'un autre recoin de ma conscience, cette bouteille rose, cette encre de princesse anima mes vieilles plumes de savantes arabesques.

En quoi avais-je pu abandonner un jour un plaisir si simple ? Écrire comme autrefois, sans crainte du regard, de la faute, de la note... Et filer, enfiler tout un collier de mots, sans pouvoir s'arrêter ?

Des taches moutonnantes pleurèrent sur mon papier. Mes doigts, mes plumes, le porte-plume même, devenus roses de joie, de plaisir ou de honte... suintèrent, collèrent, bavèrent tour à tour.

À l'intérieur de moi, une petite fille riait, un adulte râlait.

Ce fut lui qui, pragmatique enfin, fit de deux boîtes une seule, plus petite, plus secrète.

Mais sans pouvoir jeter, il ne sut pas pourquoi, une bouteille d'encre rose, aux trois quarts vidée.